Hier au soir je m' attardais sur les berges des rivages "politiques". Aujourd' hui j' ai pris le bateau et suis passée tout près des pommiers du Japon. Ils sont rosés, les cerisiers eux, fleurissent blancs.
Ce n' est pas encore juin j' ai donc le temps d' apprendre à naviguer. Sur un bateau, on visualise ce qu' on a laissé sur la berge, on tente de comprendre, de ramener à soi ce qu' on a vu au-dehors.
Or hier, qu' ai-je vu ? Une cerise dans la bouche et le noyau dehors. Plus tard dans la nuit, alors que je prenais le sommeil , le bateau se faufilait à l' horizon. Hier encore je fus seule, et hier encore je réfléchissai au pourquoi du rejet d' un noyau. La seconde d' avant le plongeon dans le songe, l' accouchement me vînt à l' esprit. Et si on gardait toujours une partie de l' enfant qu' on pousse au monde ? Ce n' est pas un rejet, vous l' aurez compris. Catapulter dans la vie ! Est-ce cela , naître ? La maternité, en soi, c' est ce qu' on garde à chaque naissance et ce qui est donné à l' enfant pour toute sa vie ? Mais qui est en nous avant que semence pointe ?
Ce matin, une question me triturait la cabosse : est-ce qu' un noyau peut faire pousser un arbre ? Dictionnaire ouvert, question à l' entourage et OUI , OUI c' est ainsi qu' un arbre pousse ! L' enfant, fruit de l' amour ! Le noyau sorti, il peut lui aussi grandir, et engendrer à son tour (d' habitude on dit que la terre s' unit à la semence pour imager la sortie d' une pousse). Car si on m' avait dit que c' était la fleur de l' arbre, l' image de la maternité me serait parue moins concevable, puisque pour l' instant, je navigue. Et cette fin d' après-midi, en même temps que j' avais cette ptite réponse, j ai fait comme les colverts aux derniers rayons chaleureux, jles ai copié, en se mettant face au soleil, séché les plumes et les pattes oranges sur le tronc d' un arbre centenaire, captant l' appréhension, l' appréhension qui vient dans l' être, qui se fait unique dans le corps, après avoir digéré et compris, vient le moment de l' admiration ou de la contemplation.
Ce n' est pas encore l' été, je resterai près de cette lumière diaphane. Préparer un nid, savoir qu' en soi on est en potentialité. Qu' un jour, le bateau et moi, on aura imprimé dans l' eau la direction d' une âme qui se cherche. Le bateau mène, l' homme dirige, oriente. Mais le bateau avance avant nous.
Non, il n' y aura pas d' homme d' entre les hommes sur l' autre rivage pense-je ; c' est une déduction trop logique, trop prédictive, trop comme dans les films. La mer dégagée, l' horizon pour unique paysage. Rester là à rêver à Lui. Comme si... Et comme si à l' instant, ces colverts... Un jour viendra où le Prince m' apparaîtra dans toute sa noblesse de coeur, en pleine nature ou en ville, en pleine nuit , rien n' y changera, puisque maintenant je sais que tout a un ordre, que ce que j' observe a un sens, et qu' il est saisissable à n' importe qui, seul le moment importe. Et c' est bien cela le Destin. C' est un moment choisi par qui saisit en même temps que soi, à deux, mais qui nous laisse la liberté. Pas de milieu, des intervalles de chaque côté. Non, décidément , Il ne sera pas ma moitié... Que les 2 pattes du colvert s' en rappellent, que le pommier rosé laisse passer l' Ange dans ses branches...Qu' un jour ou ce sera peut-être une nuit, j' accouche ! Mais laissons passer encore ce vent sur nos joues et planer nos pensées lointaines jusqu' au plus profond de cet horizon bleu vénitien.
Qu' un noyau fait pousser un cerisier ! Extraordinaire ! En faut-il si "peu" parfois pour ne plus craindre la vie , l' Autre ?
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